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Envoyez-nous vos histoires ou vos réflexions sur les sales cons au travail. Le mode d'emploi, c'est ici.

ETES-VOUS UN SALE CON ?

mercredi 7 novembre 2007

Sales cons, faits, et foutaises

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution imminente d’un nouveau livre aux éditions Vuibert : Faits et foutaises dans le management, par Jeffrey Pfeffer et Robert Sutton (l’auteur d’Objectif Zéro-sale-con). Ce livre est paru aux États-Unis en 2006, avant Objectif Zéro-sale-con, sous le titre : Hard Facts, Dangerous Half-Truths and Total Nonsense (Harvard Business School Press). Il porte sur les idées reçues en management : d’où viennent-elles, quelles sont-elles, et comment les combattre…
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le blog Faits et foutaises.

lundi 15 octobre 2007

Comment dit-on "sale con" au Quebec ?


Ça y est, les lecteurs canadiens vont pouvoir à leur tour lire Objectif Zéro-sale-con. Le livre sort ces jours-ci, aux éditions Transcontinental. Une adaptation de la traduction a été nécessaire.








En effet, au Québec, on ne dit pas :
Peut-être utilisez-vous un autre qualificatif – connard, abruti, peau de vache, salaud, enflure, dictateur, trou du cul, sadique, despote, pervers – mais, pour moi, "sale con" est celui qui exprime le mieux la crainte et le mépris que m'inspire ce genre d'individu.

(Objectif Zéro-sale-con, p. 1)

Mais :
Peut-être utilisez-vous un autre qualificatif – salaud, twit, écœurant, tata, trou de cul… quand ce n'est pas un mot tiré du vocabulaire religieux – mais, pour moi, "chien sale" est celui qui exprime le mieux la crainte et le mépris que m'inspire ce genre d'individu.



Bien entendu, ce blog est ouvert aux lecteurs canadiens, nous serons très heureux de publier des histoires de chien sale.

vendredi 12 octobre 2007

Désolé pour les derniers commentaires

Nos plates excuses aux dernières personnes qui ont fait des commentaires. Ceux-ci n'ont pas été publiés à la suite d'une fausse manip… N'hésitez pas à les renouveler.

jeudi 12 juillet 2007

Chat et chaton chassent le raton

Merci au Journal du Net / Management qui a accepté que nous retranscrivions une partie du chat d'Hervé Laroche avec ses lecteurs. Il s'était déroulé le 28 juin dernier.

Le dossier complet est également en ligne.


Y a-t-il des "sales cons" célèbres ? Des métiers propices à leur épanouissement ? Comment contenir celui qui est en soi ? Hervé Laroche, professeur de management et stratégie à l’ESCP-EAP et préfacier de l’édition française d'Objectif Zéro-sale-con, a répondu aux questions des lecteurs de JDN Management et expliqué comment créer un environnement de travail civilisé, garanti "zéro-sale-con".

Comment définissez-vous un "sale con" ? Comment distinguer un sale con chronique de quelqu'un qui est simplement de mauvaise humeur ?

Un "sale con" se reconnaît aux effets qu'il produit sur autrui : on se sent méprisé, humilié, agressé, ou au moins pas reconnu... Et celui qui produit cet effet souvent, de manière répétée, est un sale con "certifié". Sinon, bien sûr, ça arrive à tout le monde de mal se comporter.

A quels comportements quotidiens les reconnaît-on ?

Ils manquent de considération pour les autres, ne les écoutent pas, se montrent péremptoires, agressifs, intolérants, ne sont pas ouverts aux idées et suggestions, imposent leurs avis, les expriment comme des évidences, méprisent les objections... et puis éventuellement pire : ils profèrent des remarques agressives, des insultes, des allusions déplacées...

En quoi sont-ils nocifs pour l'entreprise ?

Ils engendrent des coûts cachés, sous forme de démotivation, retrait, voire absentéisme ou maladie pour les employés. Mais également des effets collectifs : manque de coopération entre les individus, manque de créativité, etc. Et encore : temps perdu à réparer leurs dégâts et éventuellement leurs erreurs.

Y a-t-il des façons de calculer le coût pour l'entreprise de ces personnalités nuisibles ? Y a-t-il des études qui le font ?

Il y a un exemple de calcul dans le livre de Sutton à propos d'un vendeur, excellent professionnel mais "sale con" patenté. Le principal poste à identifier, c'est le temps passé à gérer le sale con. C'est peut-être une première approximation facile à faire : compter combien d'heures on a passé à s'occuper de cette personne et des gens auxquels elle a fait du mal, puis le valoriser en terme de salaire. Ensuite, il y a d'autres postes, mais ça dépend des situations. Il y a une méthode générale donnée dans le livre, mais à ma connaissance elle n'est pas encore intégrée dans les ERP !


Le chat se poursuit avec des questions comme :

• Comment, lors d'un recrutement, détecter quelqu'un dont le comportement risque d'être nuisible une fois embauché ?

• N'y a-t-il pas certains métiers, ou certains types d'entreprise, dans lesquels on réussit mieux si l'on est un sale con ?

•Qu'est-ce qu'on doit faire quand le sale con est le meilleur élément de l'équipe ?

• Y a-t-il des sales cons utiles en entreprise ?

• Sutton emploie un vocabulaire utilisé dans la vie mais rarement dans les livres et son ton est très émotionnel. Pourquoi les sales cons génèrent-ils des réactions pareilles ? Pourquoi a-t-on autant de mal à prendre le recul nécessaire devant leurs agissements ?

• Quand on a été victime (du genre Bisounours collaboratif) de sales cons patentés, comment ne pas rester amer, méfiant et désabusé au point de devenir soi-même un sale con ?

• Quand on a eu un comportement de sale con, que doit-on faire pour "réparer" ?

Le sale con ne se gère pas, il se neut-rat-lise ou il se fuit…

Voici un nouveau témoignage, un de plus...



J'ai travaillé deux ans dans une entreprise absolument grandiose si on l'envisage sous l'angle unique de la présence des sales cons.

En premier, le Sale Con number one, le PDG, mal élevé, raciste, méprisant avec ses employés et maniant l'insulte et le dénigrement pour apeurer son "troupeau de bétail" (j'utilise à dessein son vocabulaire de Sale Con).

Evidemment, il a trouvé des alliés puissants à l'intérieur de la boîte, tous persuadés que s'ils font bien tout comme on leur dit, ils vont grimper rapidement dans la hiérarchie, avoir de bons salaires et acquérir du pouvoir (je précise que les salaires sont plutôt minables dans cette entreprise, que les avantages accordés avec parcimonie et condescendance aux salariés sont ridicules, mais tout passe comme une lettre à la poste, tant il est vrai qu'entre Sales Cons, on finit toujours par s'entendre...).

Il y a donc un paquet de Sales Cons qui se croient indispensables, des grandes gueules mal embouchées avec lesquelles il ne faut pas hésiter à l'ouvrir aussi grand, sous peine de passer pour une lopette.

Je précise que la plupart des Sales COns des niveaux inférieurs sont plutôt des femmes (et ça me désole, car j'en suis une...).

Pour ma part, j'ai été accueillie très froidement par mes futurs collègues lorsque je suis arrivée dans l'entreprise, mais j'avais besoin de travailler et j'ai décidé que les choses devaient s'arranger si je faisais bien mon travail et si je restais polie et ouverte. Que nenni !

Cette attitude a plutôt contribué à me nuire, sans compter ma Sale Conne directe, une jeune femme très manipulatrice, qui devant mon manque de réceptivité face à ses manoeuvres (elle et son équipe contre le reste du monde, elle et son énorme capacité de travail, elle et ses puissantes qualités, elle et elle, en somme...), est devenue brutalement très agressive lorsque je suis revenue d'un arrêt maladie dû au surmenage et à un trop-plein de travail (heures supplémentaires à gogo du fait d'une organisation totalement imbécile, etc.).

J'ai toujours donné mon sentiment sur la question de l'organisation et notamment à propos de cette tripotée d'heures sup soit disant incontournables, mais cela a été interprété par mes collègues comme une marque de ma fainéantise et de ma faiblesse.

J'ai dû subir des railleries absolument hilarantes sur mon grand âge (j'ai été recrutée du fait de mon expérience, ce qui suppose que j'ai quelques années de travail derrière moi), une mise au placard (phoning et autres joyeusetés tout à fait inférieures à mon niveau de qualification et à mes compétences), la jubilation du Petit Sale Con sous les ordres duquel je me suis retrouvée (incapable d'aligner trois phrases correctes mais rempli d'aise d'avoir sous ses ordres une femme plus âgée que lui et plus diplômée, ainsi qu'il me l'a fait remarquer avec force clins d'oeil appuyés et "hein ?" satisfaits), la mise à l'écart par les collègues de mon service et d'autres services auprès desquels ma publicité avait été faite (la vieille feignante qui se fait pipi dessus...) et des propos contradictoires du type : "Il ne se passe rien mais serre les dents", quand j'ai essayé de faire part de mon désarroi...

Sans compter la personne incroyablement brillante avec laquelle je partageais mon bureau avant ma mise au placard, laquelle avait déjà tenté plusieurs fois de récupérer mon travail à son profit (mon profil est travailleur collaboratif, ce qui ne veut pas dire Bisounours collaboratif, je sais détecter les morpions et les neutraliser lorsque le besoin s'en fait sentir...) qui a tenté de me faire passer pour une demeurée auprès de tout le service, tout en utilisant allégrement et sans état d'âme les outils et les procédures que j'avais mis en place...

Quant au chef de service, lui-même harcelé par la Sale Conne qui s'en était prise à moi, ça lui faisait des vacances et il a tenté d'en rajouter une couche.

Je n'ai rencontré aucune aide auprès de mes collègues ni auprès de la hiérarchie, bien trop occupés à se voiler la face : la Sale Conne en question est une harceleuse en série, mais accepte des conditions de travail hallucinantes et fait peur à tout le monde, surtout quand elle vrille ses terribles yeux marrons sur vous, brrrrrrrrr !

Bref, j'ai fini par trouver une solution pour partir mais j'ai mis un certain temps avant de renoncer à l'autoflagellation ("je dois trouver une solution pour gérer cette situation", "c'est de ma faute, je ne sais pas me comporter avec ces gens"...). Donc, règle number one pour moi : le Sale Con ne se gère pas, il se neutratlise ou il se fuit ! Sinon on y laisse sa belle santé et franchement, ça serait dommage : le Sale Con ne mérite qu'une chose, un bon coup de pied dans le fondement !

Je précise que j'ai retrouvé rapidement du travail après cette expérience et que j'ai alors été confrontée à un trio de Sales Cons qui harcèle toute une équipe depuis de longs mois (méprisants, maniant l'ironie méchante, descendant leurs collègues pour se faire briller, prenant tout le monde pour des incapables, enfin comme dirait l'autre, ils ne sont pas finis, il reste encore plein de place dedans, on pourrait y habiter à plusieurs, mais pour ma part, je n'y tiens pas...).

Pour le moment, j'attends de voir comment cette histoire-ci va se dénouer car cette fois, la hiérarchie, alertée par tout le service, semble vouloir prendre les choses en main...

Mais comme je suis la dernière arrivée, il semblerait que les Sales Cons comptent me faire porter le chapeau et me faire endosser la dépouille de bouc émissaire, ce qui semblerait arranger quelques-uns de mes collègues, y compris parmi les harcelés...

Ma religion est faite : si la situation ne trouve pas rapidement une issue - et quand je parle d'issue, je ne parle pas de me retrouver pendue haut et court pour l'exemple au milieu du bureau -, je changerai à nouveau de boîte. Mais c'est agaçant à la fin de voir que les Sales Cons restent en place sans trop de casse...

mercredi 27 juin 2007

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les sales cons : osez le demander !

... Demain jeudi à 15 heures lors d'un chat avec Hervé Laroche, auteur de la présentation de l'édition française d'Objectif Zéro-sale-con, sur le Journal du Net / Management.

Pour poser vos questions, c'est ici.

Le chat est passé, le dossier est maintenant en ligne.

mercredi 23 mai 2007

Objectif Zéro-sale-con au plus haut des Cieux

Adapté du billet de Robert Sutton "Applying the Rule at the Highest Level"


L’une des plus surprenante réaction à Objectif Zéro-sale-con (pour moi en tout cas), a été celle d’un groupe religieux, restreint mais très actif, qui a totalement adhéré au livre. Richart Beck, notamment a particulièrement soutenu le livre. Il a d’abord écrit un billet sur sa lecture d’Objectif Zéro-sale-con dans un cours d’étude biblique, démontrant que le principal message du livre était à peu près identique à celui du célèbre passage de la lettre de Saint Paul aux Corinthiens (1, 13).

Richard concluait son billet ainsi :

Pendant mon cours, après avoir évoqué Objectif Zéro-sale-con, je lu ce passage célèbre : «L’amour est patient, l’amour est bon, il n’a pas de passion jalouse ; l’amour ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil, il ne fait rien d’inconvenant, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il ne tient pas compte du mal…»

En gros : ne soyez pas des sales cons.


Ce qui m’a surtout intéressé, c’est de voir que le billet de Richard a engendré 8 commentaires de soutien, la plupart l’applaudissant pour son ouverture d’esprit (j’approuve de tout mon cœur).

J’ai eu également une discussion intéressante avec un pasteur presbytérien qui m’a remercié d’avoir écrit le livre et m’a raconté que, malgré le fait qu’il considérait que ce n’était pas tout à fait approprié d’évoquer la question dans un sermon, le problème des « connards » empoisonnait toute les congrégations qu’il avait connues, qu’il avait eu des conversations seul à seul avec certaines personnes, et que cela avait eu des conséquences pour diriger la communauté.

Dans le même esprit, quelqu’un m’a envoyé cette image, qui montre que le bouton «suppr.» est utilisé à la porte même du Paradis. Le message semble être qu’avoir la foi n’est pas tout à fait suffisant…

[Saint Pierre : « Vous étiez croyant d’accord, mais vous avez zappé une partie du truc : la partie ne-pas-être-un-connard »]

vendredi 11 mai 2007

Les Français, "plus à l'aise avec le langage grossier que n'importe qui d'autre"

C'est Bob Sutton, l'auteur du livre, qui le dit.
Et il ajoute : "Et j'aime ça".

Il dit aussi beaucoup d'autres choses dans l'interview qu'il a accordé à 01men pour son dossier sur "la chasse aux cons". Par exemple pourquoi il était important d'employer ce langage grossier. Un autre thème important est abordé dans l'interview : la question de savoir si son projet n'est pas trop "moral". Sa réponse :
Le management a-t-il quelque chose à voir avec la morale ou décririez-vous votre projet comme utopique ?

Je ne suis pas très religieux et quand les gens parlent de moralité, ça me rend nerveux, car ils finissent généralement par faire des choses immorales au nom de leur croisade morale (prenez mon président en exemple). Mais je pense en effet qu'il est bon de rêver d'un monde et d'un lieu de travail meilleurs.
A méditer...

Dans le dossier aussi : une description de "7 sales cons exemplaires" décrits dans le livre, avec leurs trombines.

jeudi 3 mai 2007

Colère stratégique et conquête du pouvoir

Un petit extrait d'Objectif Zéro-sale-con.
Il est tiré du chapitre 6 : "Les sales cons ont aussi leurs vertus", pp. 143-146


De nombreuses études montrent que nous nous attendons à ce que les puissants passent leur colère sur les plus faibles, et il a également été démontré que la méchanceté peut aider des individus à accroître leur pouvoir sur les autres. Même si nous n’en sommes pas conscients, nous trouvons normal que les puissants affichent leur fierté et s’attribuent tout le mérite lorsque les choses vont bien et qu’ils blâment et déversent leur colère sur leurs subordonnés dans les moments difficiles. Les gens qui se trouvent tout en bas de la pyramide hiérarchique essaient de s’accrocher à leurs positions précaires en manifestant de l’admiration, de la flatterie, de la déférence à l’égard des individus plus haut placés et, lorsque les choses vont mal, en s’excusant auprès d’eux.
L’une des raisons pour lesquelles les mâles et les femelles dominants se comportent comme des despotes, c’est que nous les laissons faire et, ce faisant, nous les encourageons tacitement. Des études réalisées par Lara Tiedens, psychologue à Stanford, et ses collègues laissent penser que dans un monde où « on lèche les bottes et on botte les culs », l’utilisation stratégique de la colère et du blâme peut aider à grimper dans la hiérarchie en marchant sur les autres. Tiedens le démontre dans une expérience : pendant les débats du Sénat américain sur l’éventuelle mise en accusation de Bill Clinton devant la Haute Cour de justice, elle projeta des images récentes du président. Dans l’un des films, Clinton manifestait sa colère au sujet du scandale Monica Lewinsky et, dans l’autre, il exprimait de la tristesse. Les sujets qui virent un Clinton en colère eurent davantage tendance à dire qu’il devait poursuivre son mandat sans encourir de sanction sévère, et qu’il fallait « laisser tomber cette histoire de mise en accusation ». En bref, Clinton devait être autorisé à conserver son pouvoir. Tiedens conclut de cette expérience et de plusieurs autres études sur des thèmes analogues que si les individus qui se mettent en colère apparaissent comme « antipathiques et froids », l’utilisation stratégique de la colère – éclats de voix, expressions hargneuses, regard fixé droit devant soi et gesticulations (pointer le doigt et taper du poing) – crée le sentiment que celui qui l’exprime est compétent.
Plus généralement, la recherche sur le leadership montre que des comportements subtilement agressifs, comme balancer un un regard furieux ou des commentaires condescendants, ou plus explicites comme des insultes ou des remarques méprisantes, voire la menace physique, peuvent être des tactiques efficaces pour acquérir un pouvoir. Rod Kramer, professeur d’analyse du pouvoir à Stanford, a montré dans la Harvard Business Review comment les « intimideurs », parmi lesquels on peut citer l’ancien président américain Lyndon B. Johnson, l’ancienne PDG de Hewlett-Packard Carly Fiorina, l’ancien patron des studios Miramax Harvey Weinstein, l’ancien PDG de Disney Michael Eisner et, bien entendu, le PDG d’Apple Steve Jobs, ont bâti et étendu leur pouvoir par l’utilisation stratégique des regards furieux, des réflexions humiliantes et du harcèlement. Kramer explique que Lyndon Johnson observait attentivement les autres et utilisait propos agressifs et crises de colère soigneusement dosés pour se jouer des faiblesses de ses collègues politiciens. Kramer raconte aussi que Carly Fiorina était admirée et redoutée pour sa capacité « à obliger ses adversaires à baisser les yeux ».
L’article de Kramer, intitulé « The Great Intimidators » (« Les maîtres de l’intimidation »), dépeint Harvey Weinstein, une célébrité à Hollywood, comme « l’intimideur » suprême, « grossier, tonitruant, agressif », maître dans l’art d’utiliser la colère « étudiée » en montrant ses crocs à la moindre occasion. Un article de Ken Auletta, publié en 2002 dans le New Yorker, rappelait la période où Weinstein était tracassé par des rumeurs disant qu’il avait lancé une campagne de diffamation pour discréditer A Beautiful Mind, un film produit par Universal Pictures, qui était en concurrence avec celui que lui-même avait produit, In the Bedroom, dans la course aux Oscars. Weinstein était convaincu que ces rumeurs étaient répandues par la présidente d’Universal, Stacey Snider. Il profita d’une réception pour coincer Snider et la prit à parti. Auletta raconte : « Pour Snider, qui était une femme menue, Weinstein était une vision effrayante – le regard noir et lançant des éclairs, le visage bouffi pas rasé, le ventre proéminent. Il pointa son doigt sous le nez de Snider et hurla : “Vous allez me payer ça !”.» Bien que Weinstein ait fini par présenter ses excuses à Snider, Kramer affirme que cette démonstration calculée de bruit et de fureur a bien servi Weinstein pour la suite de sa carrière à Hollywood, où il produisit des films qui remportèrent plus de 50 Oscars. Kramer estime que ces « intimideurs » ne sont pas véritablement des harceleurs, parce qu’ils utilisent l’intimidation à des fins stratégiques plutôt que pour satisfaire leur ego. Je ne suis pas d’accord. Si une personne deux fois plus grande et plus lourde que vous vous pousse dans un coin, vous hurle dessus et fait des gestes menaçants sous votre nez, tous les « experts » de ma connaissance diront que vous avez été harcelé, et je dirai, pour ma part, que vous avez eu affaire à un sale con. Quel que soit le nom que l’on donne à ces gens-là, la capacité à se conduire comme une enflure agressive – ou, du moins, à supporter les attaques d’autres enflures – semble être une qualité essentielle pour survivre à Hollywood.

Toute ma vie, j'ai rêvé…

Une délicieuse histoire racontée par Robert Sutton. (Attention, la traduction de l'échange final perd un peu de sa saveur en français, mais l'essentiel y est)


D'après le billet de Robert Sutton : "Airline Asshole Management: An Urban Myth?"


Je pense que vous aimerez cette histoire, qui raconte comment une employée de compagnie aérienne parvint à faire de la bonne « gestion de sale con ». Cette histoire est de seconde main, elle m’a été transmise par un lecteur australien. Franchement, elle a plutôt l’air d’être une légende, mais elle est suffisamment drôle pour mériter d'être racontée ici, même si c’est probablement de la fiction. Du reste, cette histoire est vraisemblable, même si elle est un peu trop drôle pour être totalement vraie.
Cela se passe à l’aéroport de Sydney. Un vol plein à craquer, de la compagnie Virgin Airlines, venait d’être annulé, le 767 ayant dû partir pour révision. Une agent d’accueil toute seule et débordée était en train de s’occuper de trouver des places pour toute une longue file de passagers concernés par l’annulation. Brusquement, un passager furieux passa devant tout le monde et se planta devant elle. Il jeta son billet sur le comptoir et dit « Je DOIS prendre ce vol et je DOIS ETRE EN PREMIÈRE CLASSE ».
L’agent répliqua : « Je suis désolée Monsieur, j’aimerais pouvoir vous aider, mais je dois d’abord aider ces personnes, et je suis sûre qu’ensuite, nous trouverons une solution. »
Cela ne calma pas le passager en colère. Il demanda très fort, pour que les personnes derrière lui puissent entendre : « SAVEZ-VOUS BIEN QUI JE SUIS ? ». Sans hésiter, l’agent lui sourit et s’empara de son micro : « Votre attention s’il vous plaît , commença-t-elle (sa voix s’entendait clairement dans tout l’aéroport), nous avons un passager en porte 14 qui NE SAIT PAS QUI IL EST. Si quelqu’un peut l’aider à retrouver son identité, merci de vous rendre porte 14. »
Et pendant que tout le monde hurlait de rire, le gars fixa la jeune femme, montra les dents et lui dit : « Allez vous faire mettre » [f… you]. Sans se démonter, elle lui sourit de nouveau et lui répondit : « Encore désolée Monsieur, mais si c’est ce type de prestation que vous recherchez, je vous conseillerais plutôt la compagnie Qantas… »

mardi 24 avril 2007

Votre futur chef est-il un sale con ? Une checklist…

Nouveau billet de Robert Sutton… Il s'est bien amusé (nous aussi).




Je me suis bien amusé récemment, avec Guy Kawasaki notamment, à établir une checklist pour permettre d’évaluer si un futur chef peut être un sale con. Vous pouvez voir le billet de Guy sur l’art d’éviter un patron-sale con. Ici, je fais le point sur la liste de 10 questions. Vous pouvez demander aux gens que vous connaissez ayant travaillé pour votre chef potentiel de répondre à ces questions.
Voir les réponses à ces questions avant de prendre le boulot peut vous éviter beaucoup de désillusions. Un des points clés dans Objectif Zéro-sale-con, c’est que l’un des moyens les plus efficaces pour éviter d’être laminé par des sales cons (et en devenir un vous-même), c’est de « résister dès le commencement » (pour citer Léonard de Vinci), autrement dit d’éviter de travailler pour un sale con ou de rejoindre une organisation totalement infestée. Voici donc notre liste.


1 « Lèche-bottes/botte-culs
– « Comment le futur chef se comporte-t-il avec les personnes d’un rang supérieur et avec celles d’un rang inférieur ? »
– « Pouvez-vous donner des exemples précis ? »
Une caractéristique des sales cons certifiés est qu’ils ont tendance à rabaisser ceux qui ont moins de pouvoir qu’eux et à cirer les pompes de leurs supérieurs.

2. Zéro critique
– « Comment le futur chef supporte-t-il la critique ou le blâme quand cela devient un peu chaud ? »
Méfiez-vous des gens qui critiquent tout le temps les autres mais ne tolèrent pas même une dose minimale de critiques à leur égard…

3. Pétage de plombs
- « Dans quelles situations avez-vous vu le futur chef perdre son sang-froid ? »
La colère est parfois justifiée, ou peut même être efficace si elle est utilisée avec parcimonie, mais quelqu’un qui « tue le messager » trop souvent peut générer un climat de peur.
– « Est-ce que les collègues sont effrayés à l’idée de prendre l’ascenseur avec lui ? »…

4. La maison ne fait pas crédit
– « Quel style décrit le mieux le futur chef : il reconnaît le mérite sans contrepartie, il le reconnaît aux bonnes personnes, ou il croit que chacun devrait être son propre champion ? »
Cette question vise à savoir si la personne peut avoir tendance à prendre le mérite sur lui sans reconnaître le travail de son équipe.

5. Cancer généralisé …
- « Que disent les anciens collaborateurs ?
Les sales cons sont généralement connus pour répandre la zizanie dans les équipes et susciter des conflits improductifs. Certes le monde entier semble bien vouloir tolérer les sales cons qui ont du talent, mais cela ne signifie pas que devez aussi le faire.

6. Incendiaire
- « Quel genre d’email envoie le patron en question ? »
La plupart des sales cons ne peuvent pas se retenir dans le courrier électronique : incendier les gens, mettre le monde entier en copie, utiliser la copie cachée pour se couvrir. Analyser les en-têtes de ses emails est une véritable porte ouverte sur son âme.


7. Déprimant
- « Quel genre de personnes trouvent difficiles de travailler avec le chef en question ? »
- « Quel genre de personnes semblent facilement travailler avec le chef en question ? »
Soyez attentif aux réponses qui suggèrent que seules les personnes très volontaires ou très motivées travaillent mieux avec cette personne : les sales cons ont tendance à laisser autour d’eux des gens déprimés et découragés.

8. Jouer perso
- « Est que le futur chef partage l’information pour le bénéfice de tous ? »
La tendance à cacher son jeu (c’est-à-dire la répugnance à partager l’information) est le signe que la personne considère ses collègues comme des adversaires qui doivent être battus pour pouvoir avancer.

9. Cordon protecteur
- « Est-ce que les gens prendraient ce futur chef dans leur équipe ? »
Parfois, cela met tout sens dessus dessous d’avoir un sale con dans votre équipe, mais cela n’a pas d’importance si les autres membres de l’équipe refusent de travailler avec cette personne. Cette question vous permettra de déterminer si le bénéfice d’avoir la personne en question dans votre équipe l’emporte sur les inconvénients liés à son comportements de sales cons.

10. Apparition
- « Que se passerait-il si un exemplaire d’Objectif Zéro-sale-con apparaissait sur le bureau du futur chef ? »
Méfiez-vous si la réponse est : « Tous aux abris… »



Voilà les 10 questions. J’adorerais que vous me donniez vos autres trucs permettant d’éviter de choisir un sale con pour chef – ou bien les signes qui auraient dû vous alerter avant d’aller bosser avec cette enflure.

lundi 23 avril 2007

Bob Sutton parle des assholes

Mais attention, cela se mérite : il faut être anglophone pour le comprendre.

Prêt ? C'est ici

Les sales cons risquent de faire la (grande) gueule


Sophie de Menthon et Karim Zeribi présenteront Objectif Zéro-sale-con tous les jours de cette semaine dans l'émission "Les grandes gueules", sur RMC, de 11h à 14h. Ils feront même gagner des exemplaires du livre aux auditeurs…
En attendant l'émission, vous pouvez aussi les retrouver sur leur blog.

vendredi 20 avril 2007

Appel à témoin : cherche sale con…

Certifié ou pas. Repenti ou non. En activité ou à la retraite. Fier de l'être ou qui se soigne.

C'est pour un reportage télévisé : le journaliste peine à trouver un sale con qui accepte de témoigner (au besoin de façon anonyme).

Alors si quelqu'un se reconnaît dans le portrait du sale con et veut en savoir plus sur le reportage (cela n'engage à rien), merci d'envoyer un message : je transmettrai.

Entre collègues…

... On s'entraide. (Tous les lecteurs de ce blog vous le confirmeront.)



Pas d'histoire de sale con pour ce billet, bien au contraire.


Mais une histoire d'éléphant


A moins que ce ne soit une histoire de
cerf en rut



Besoin d'explication ? C'est par ici

"L'oeil torve", la blonde et les Gauloises

Une histoire de sale con dans un cabinet de consultants. Merci à la blonde, et bon courage pour la suite…



Embauchée en 14 octobre 2002 en tant qu’assistante d’équipe en CDI, je découvre la culture de cette nouvelle société de conseils. L’assistante de direction me présente mon hiérarchique : bouh !!, un homme de 50 ans environ, le visage tellement rouge qu’on a envie d’se dire « mais quand est-ce qu’il passe au vert ? », la clope au bec et une voix me disant « bonjour jeune demoiselle »… un vieux mélange entre Garou et Michel Sardou… son regard me fait penser à celui des pigeons.. de ceux qui vous regardent en coin (enfin, qui regarde comme par hasard les seins…) du coup je l’ai surnommé « l’œil torve ». Il m’a l’air sanguin et très anxieux… la brioche et un léger début de calvitie.
Allons, allons, méthode Coué : « ne pas s’arrêter au physique, ne pas s’arrêter au physique… ».

J’ai 24 ans à l’époque et je n’ai que deux consultants « à charge » mais j’ai beaucoup à apprendre et ne suis aucune formation. « L’œil torve » m’appelle depuis son bureau en hurlant. Nos bureaux sont mitoyens mais cela n’empêche pas que je reçoive de lui un mail de 40 lignes me donnant des directives quant à mon travail. Non, décidément, faire 10 mètres et dire tout cela en face à face, c’est trop dur. Bonjour la communication.
Je suinte un beau spécimen de sale con. D’une part parce que ce hiérarchique oppresse l’équipe maintenant de 4, les stresse et leur fixe des objectifs inatteignables. Il arrive que j’ai leurs femmes au téléphone : « Quoi ? encore en déplacement ? il m’a promis d’être avec les enfants ce week-end. » Allez répondre à ça..
Un an et demi se passe comme ça. Je découvre mon sale con de responsable d’équipe qui, sous ses airs charmeurs façon vieille France, s’amuse à déstabiliser et à ne pointer que les points faibles avec ironie et rires en coin. Je me souviens avoir le sentiment de devoir me justifier sans cesse de mes erreurs et le voir faire un geste de la main m’indiquer d’arrêter.. comme si je me cherchais des excuses… c’était plutôt humiliant.
Lorsqu’il est au téléphone et que je passe devant son bureau, je suis sûre qu’il va m’appeler d’un claquement de doigt… je rentre… il enquille clope sur clope, son bureau ressemble à un sauna mais en bien dégueulasse, qui laisse de la suie sur le bureau. Il indique du doigt le siège en face de son bureau.. et là je m’assois. Je crois qu’il n’en a pas pour longtemps mais je peux rester comme ça 10min-20min. Je tente parfois l’esquive et la négociation gestuelle pour revenir en montrant ma montre en faisant un playback sur « je reviens dans 5 min »… mais il m’indique qu’il n’en a pas pour longtemps.
Pauvre con… tu me fais perdre mon temps, tu me fais respirer tes Gauloises, tu me parles comme à ton chien, tu cherches à m’intimider, à assouvir ton pouvoir, pouvoir avoir le spectacle d’une jeune blonde impressionnée et empotée… que c’est agréable.

Dans mon bureau, j’ai aussi droit à une plus grande proximité mais jamais tactile. En revanche, il aime se mettre derrière moi très près pour m’expliquer quelque chose à l’écran… pour s’excuser, j’ai droit à une main sur mon épaule mais qui me donne vite la nausée.

Fin 2003, cela fait 1 an et demi déjà… changement de responsable. « L’œil torve » est muté à Toulouse. Tant mieux, un homme rouge dans la ville rose… ça l’adoucira peut être.

Le nouveau responsable faisait déjà partie de l’équipe en tant que consultant. 48 ans, 15 ans de boite, tout aussi anxieux, exigeant, mais plus jovial et transparent.

Début 2004 : Premier entretien salarial avec ce responsable : « si j’avais eu à choisir une assistante, ça n’aurait pas été toi mais une assistante plus expérimentée ». BAM !. Bon, je positive et prends cela comme un défi à relever.. mais je ressens comme un début de pression, l’impression que je vais devoir faire mes preuves et que je n’aurai pas droit à l’erreur. Il faut travailler dans l’urgence systématiquement et accepter de retrouver son café froid le soir.
Les premiers mois sont terribles en stress, je me suis suffisamment formée sur le tas mais des nouveaux outils informatiques sont à utiliser. La direction du groupe licencie au fur et à mesure le service informatique centralisé à Paris et licencie également notre correspondant informatique local : perte de temps au téléphone, souffrance des 4 qui restent dans le service car supportant le travail de 10 à l’origine… le réseau pète sans arrêt, le matériel plante, bourrage papier et problème imprimante, les PC rament… on se marre bien.

De 2004 à 2006 : le travail est pénible. Je tiens le choc. Le nouveau responsable me sollicite beaucoup mais n’encadre pas vraiment l’équipe.. j’ai l’impression que chacun fait bien ce qu’il veut du moment que les 115 % d’objectif leur permettent de toucher leur prime de fin d’année.

Quotidiennement, je découvre que mes anciens « gentils consultants » adoptent la culture d’entreprise, c'est-à-dire « chacun pour soi et m’emmerdez pas ».

Résultat, certains adoptent l’attitude du sale con à caractère égoïste sous de faux airs comiques.

Peu à peu je perds en autorité et j’ai de plus en plus l’impression d’emmerder mon équipe au plus haut point lorsque je mendie un document administratif. Je tiens bon car je refuse de recourir au chantage pour avoir ces documents, chose que font les autres assistantes : résultat, les ambiances des autres équipes avoisinent le 0.

Seulement, l’humour, j’en ai. Mais lorsqu’il blesse et m’empêche de travailler, je dis « stop ».

Début 2007 : dépression manifeste. La médecine du travail décèle un signal de détresse. Je tombe en larmes. On me refourgue le kit intégral du dépressif : suivi psy et antidépresseurs.
Là, c’est sûr, je vais me marrer…

Et puis vient un sentiment de colère contre tous ces cons.. cette équipe de 9 mecs pour 1 fille, ces mecs qui se foutent de tout, qui me sollicitent 15 fois par jour mais me répondent « oh tagueule » lorsque je demande quelque chose.

Nan les mecs, c’est fini. J’ai essayé de créer un esprit collectif, même auprès des assistantes… mais non… surtout n’innovons pas, surtout restons bien tranquilles dans nos bureaux et à refourguer les tâches de merdes à la plus gentille des assistantes qui a un bureau ouvert avec la personne qui tient le standard à l’entrée, vous savez, la blonde de l’entrée qui sourit tout le temps et rend service, celle qui propose des cafés aux visiteurs, celle qui accueille les clients, celle qui se charge de la gestion des bureaux de l’étage, celle qui commande le café, les fournitures, les bonbonnes d’eau, les réservations de vidéoprojecteur, les salles de réunion, les lavages de flûtes à champagne, les visioconférences… toutes ces choses qu’elle s’est attribuée pour « faire plaisir », « être agréable », « pour le bien de l’entreprise », « pour une ambiance chaleureuse », « un esprit d’équipe », mettre des p'tites blagues au coin café pour égayer… seulement la blonde de l’entrée fait le même travail que les autres sales connes d’assistantes qui en foutent pas une et ont des bureaux de ministres… et faudra penser à surtout pas leur demander autre chose que leur fonction d’assistante d’équipe. Alors ça retombe sur la poire… mais la poire en a marre.

« Tiens ya plus d’café ! », « Zut ya plus d’papier », « c’est où le papier ? » … comme par hasard, panique dans la chaumière, la maîtresse de maison en a ras le bol.. en plus elle s’est pris dans la gueule 1 % d’augmentation et 0 prime.. foutage de gueule ?

Ouais t’es sympa chef : tu me dis que tu aurais choisi une autre assistante, une plus expérimentée… t’en connais beaucoup qui amènent les croissants en réunion d’équipe ? qui reviennent pendant les vacances de Noël ? qui font le boulot d’un chef d’équipe fin 2006 car il y a changement de chef et qu’aucun des deux ne veut faire la clôture budgétaire ? Sûrement pas beaucoup…

Alors qu’il n’assiste pas à mon entretien salarial et qu’il fait dire par le biais de mon nouveau responsable début 2007 (comme je le vois sur mon compte-rendu !!) que « je ne suis pas faite pour cela car j’ai une âme littéraire.. mais que je suis “gentille et de bonne volonté” »… je me gausse…
Ne vous en faites pas les sales cons, je vais quitter cette organisation de merde égoïste rapace à fric.

Je souhaite bonne chance à la prochaine et je file faire un bilan de compétences.

mardi 17 avril 2007

Objectif Zéro-sale-con en Allemagne et en France

Il y a quelques jours, Bob Sutton a laissé ce billet sur son blog, nous en traduisons une partie. Il demande aux lecteurs français leur avis et des histoires sur les sales cons…

Adapté du billet de Robert Sutton "The No Asshole Rule: International Update"



Objectif Zéro-sale-con est maintenant paru dans plusieurs pays. J’ai déjà écrit sur Der Arschloch Faktor, qui est paru en Allemagne 6 mois avant de paraître aux Etats-Unis. Les gens me demandent parfois pourquoi.
En fait, l’industrie du livre est tellement étrange que j’ai l’impression que personne ne peut vraiment le comprendre, mais la raison pour laquelle Der Arschloch Faktor est sorti aussi tôt, c’est – notamment – parce que nous pouvions coupler un petit tour promotionnel avec la fameuse Foire de Francfort d’octobre, la plus grande rencontre d’éditeurs du monde. Der Arschloch Faktor s’est bien vendu en Allemagne. Il est resté sur plusieurs listes de best-sellers pendant plusieurs semaines, et comme aux Etats-Unis, l’éventail des supports où l’on en a parlé est sidérant : du tabloid Bild (un des articles était sur la même page que la photo de la topless), qui est l’un des journaux les plus largement diffusé en Europe. Un autre papier est paru dans la plus respectable version allemande du Financial Time, et un article a été récemment publié dans Chrismon, une publication de l’Eglise luthérienne lue par 1,5 millions d’Allemands.

La nouvelle de la semaine, c’est qu’Objectif Zéro-sale-con vient de sortir en France, et les premiers résultats sont prometteurs. Le livre était tout juste arrivé en librairie, et il a déjà été dans les 10 premières ventes d’Amazon.fr. Mon éditeur m’a envoyé une capture d’écran prise le 12 avril où il a été pendant quelque temps n°1.

Je serais très curieux d’apprendre des lecteurs français des choses sur l’apparente attraction que le livre exerce, et la façon dont les spécificités de la culture française influencent le comportement des sales cons, et aussi la façon dont on les traite et dont les organisations françaises s’arrangent pour les laisser à l’extérieur (ou peut-être les encouragent sans le savoir, comme dans tant d’entreprises américaines).

lundi 16 avril 2007

Un petit tour d’horizon des usages d’Objectif Zéro-sale-con

Voici une traduction du billet du jour de Robert Sutton. Liste non exhaustive, à compléter…




J’ai reçu au moins 50 emails sur Objectif Zéro-sale-con cette semaine, et j’ai donné des conférences sur le livre devant trois publics : un groupe d’environ 20 officiers de renseignement à Dallas, une assemblée de 200 avocats et 300 de leurs clients à Phoenix, et environ 150 personnes à Stanford. J’ai appris des choses étonnantes sur l’usage que les gens font du livre, et sur leurs réactions. Je me suis dit que cela pouvait être assez drôle de faire un tour d’horizon. Sept usages ont pu être référencés. Objectif Zéro-sale-con peut être utilisé comme :

1. Un message anonyme adressé à un sale con. Un officier de police de San Francisco m’a écrit et appelé, complètement désespéré, parce qu’on lui avait donné le livre de façon anonyme avec un message à l’intérieur du genre : « lisez ce livre, vous en avez besoin ». Il ne semblait pas très content. Il avait l’air de croire que c’était moi qui avait écrit le message, ou peut-être même que c’était moi qui l’avait envoyé. Ce n’était pas le cas.

2. Un dispositif de protection contre les sales cons. Une avocate a raconté qu’elle exhibait un exemplaire du livre à son bureau car elle pensait que cela pouvait inciter les clients et ses collègues à être plus gentils avec elle.

3. Un outil de formation. J’ai eu des messages de personnes de trois organisations différentes (parmi lesquelles une firme juridique et une entreprise de services financiers) où des représentants des ressources humaines organisent des ateliers où ils utilisent le livre.

4. Un outil de management des sales cons. Le DRH d’une université a reçu le livre des mains de son patron (le doyen) pour les aider tous les deux à réfléchir à la façon de gérer les « accrochages » avec « les mêmes harceleurs, connards, enflures et trous du cul que vous avez décrits dans votre livre ».

5. Un prétexte pour subir les foudres de son sale con de patron. Une employée de bureau avait laissé le livre sur son bureau. Son patron lui a dit de rapporter le livre chez elle parce que cela gênait les autres. Elle pense que la seule raison pour laquelle son patron voulait qu’elle se débarrasse du bouquin, est qu’il est lui-même un sale con – et refuse de l’admettre.

6. Une façon d’égarer les esprits pour les sales cons. Une responsable des ressources humaines m’a dit hier que son patron (un parfait sale con) avait trois exemplaires du livre sur son bureau. Elle ne parvenait pas à déterminer si cela signifiait qu’il n’avait aucune conscience de l’effet qu’il produisait chez les autres, ou au contraire qu’il s’était rendu compte du problème, ou même qu’il voulait essayer de faire un effort pour changer. Mais eut-être a-t-il acheté les bouquins uniquement pour le chapitre « les sales cons ont aussi leurs vertus ».

7. Une justification pour les entreprises qui ont déjà une politique anti-sale-con. J’ai reçu aussi de très nombreux emails là-dessus, et eu une charmante conversation avec l’ancien DG de Washington Mutual qui, dans les années 80, avait mis en place une telle politique anti- (ils utilisaient « l'expression » en interne, même s’ils employaient un langage plus châtié à l’usage du public externe)…

vendredi 13 avril 2007

Un direct contre les sales cons

Ce sera lundi matin (16 avril) sur LCI, dans l'émission "On en parle", de 10h à 11h.

Hervé Laroche répondra aux questions de Valérie Expert et aux questions du public. Professeur à l'ESCP-EAP, il a rédigé la "Présentation de l'édition française" d'Objectif Zéro-sale-con.

Mes petits trucs pour résister aux sales cons

Ci-dessous une adaptation du billet de Bob Sutton Tips for Victims of Workplace Assholes
On trouve d'autres "trucs" dans le chapitre 5 d'Objectif Zéro-sale-con : "Quand les sales cons sont au pouvoir : la trousse de survie"



J’ai déjà beaucoup parlé des diverses méthodes permettant de supporter patrons et collègues abusifs. Certains de ces trucs viennent de vos commentaires et e-mails, d’autres d’Objectif Zéro-sale-con, et d’autres encore de recherches académiques. Mais j’ai présenté jusqu’ici ces petits trucs par morceaux, et il me semble qu’il pourrait être utile de lister certaines de ces méthodes les plus efficaces en un seul endroit.

Avant les autres petits trucs, l’un d’entre eux représente à lui seul une catégorie complète, c'est LA LECON LA PLUS IMPORTANTE : FUYEZ SI VOUS LE POUVEZ. La meilleure chose à faire si vous êtes coincé sous la coupe d’un sale con (ou d’une troupe de sales cons), c’est de vous sortir de là le plus vite possible. Sinon vous risquez fort de souffrir des dommages personnels et de vous transformer vous-même en sale con. Se comporter en trou du cul n’est pas juste le propre de quelques pervers qui seraient nés comme ça ; c’est une maladie contagieuse.
Mais la fuite n’est pas toujours possible ; comme me l’a écrit une femme : « Je dois nourrir ma famille et payer ma maison, et il n’y a pas beaucoup de boulot par ici qui payent suffisamment bien pour cela. »
Alors voici mes meilleurs trucs pour survivre dans des lieux de travail infestés de sales cons que vous ne pouvez pas fuir (ou, en tout cas, pas tout de suite).

1. Essayez d’abord la confrontation polie. Certaines personnes ne veulent pas vraiment se comporter en sale con. Elles peuvent être surprises si vous leur faites savoir en douceur qu’elles sont en train de vous rabaisser et vous humilier. Certaines autres rabaissent les gens volontairement, mais pourront peut-être s’arrêter si vous leur faites face, poliment, mais fermement. Une employée de bureau m’a écrit un jour que son patron était un « sale con en chef » (il était auparavant sergent-chef dans l’armée, où il était connu pour sa méchanceté). Il s’est trouvé que le « sale con en chef » la laissa tranquille du jour où elle le regarda fixement et lui dit : « votre comportement est inacceptable et je ne l’accepterai pas ».

2. Si un tyran continue de vous harceler, limitez au maximum vos contacts avec cette enflure. Essayez d’éviter les réunions avec le connard. Préférez les contacts téléphoniques. Restez poli, mais ne divulguez pas d’informations personnelles pendant les réunions ou les contacts de quelque nature qu’ils soient, et notamment les échanges de courriers électroniques. Si l’enflure dit ou écrit quelque chose de méchant, essayez de ne pas lui rendre la monnaie de sa pièce ; cela pourrait vous faire rentrer dans le cercle vicieux de l’empoisonnement par les sales cons. Ne vous asseyez pas pendant les réunions si vous pouvez l’éviter. Des recherches récentes suggèrent que les réunions debout sont tout aussi efficaces que les réunions assises, mais plus courtes. Essayez donc de vous rencontrer dans des pièces dépourvues chaises, et évitez de vous asseoir avec des sales cons : votre exposition à leurs abus sera plus limitée.

3. Trouvez du plaisir à remporter des « petites victoires » sur les sales cons. Si vous n’arrivez pas à réformer ou éliminer les harceleurs, trouvez des petits moyens pour garder le contrôle et vous battre : cela vous donnera confiance et pourra convaincre le tyran de vous laisser tranquille. Comme cette productrice de radio qui me disait qu’elle était tyrannisée par son patron qui, notamment, lui volait constamment de la nourriture dans le tiroir de son bureau ! Elle fabriqua alors un bonbon avec un laxatif au goût de chocolat, et le laissa dans son bureau. Comme d’habitude, il le mangea sans lui demander la permission. Quand elle dit au voleur ce que c’était que ce bonbon, « il n’était pas très content ».

4. Cultivez l’indifférence et le détachement émotionnel – apprenez à ne pas laisser un sale con affecter votre esprit. Les gourous du management et les grands chefs n’arrêtent pas de déblatérer sur l’importance de l’engagement, de la passion, et de se donner tout entier dans son boulot. C’et un bon conseil si vos patrons et vos collègues vous traitent en être humain. Mais si vous travaillez avec des gens qui vous traitent comme de la merde, ils ne méritent pas que vous mettiez votre passion et votre engagement à leur service. Entraînez vous à suivre le courant sans vous laisser affecter. Ne laissez pas leur actes et leurs paroles perverses vous toucher au fond de vous même. Apprenez à pratiquer une forme « d’engourdissement de confort » jusqu’à ce que vous trouviez un boulot qui mérite votre passion et votre engagement plein et entier.

5. Tenez votre « journal du sale con », où vous consignerez soigneusement tout ce que fait le trou du cul et quand cela se produit. Une fonctionnaire m’a envoyé un email très détaillé sur la façon dont elle tenait un tel journal pour se débarrasser d’une collègue méchante et raciste : « Je notais tout ce qu’elle faisait avec les dates et les heures… en fait j’ai tenu un “journal de sale conne”. J’ai encouragé ses autres victimes à faire de même et ces relevés écrits et signés ont été présentés à notre directeur. Nos chefs savaient que cette personne était une sale conne mais ne faisaient rien pour l’arrêter. Jusqu’à ce qu’ils recoivent ce relevé. La sale conne partit pour de mystérieuses vacances, qu’aucun directeur ne put remettre en cause, et elle n’est jamais revenue. » De même, un vendeur m’a écrit qu’il était le meilleur vendeur de son groupe, jusqu’à ce qu’il ait une leucémie, et curieusement sa performance se ralentit pendant sa chimiothérapie. Son chef l’appela tout les jours alors pour lui hurler dessus en lui disant à quel point il était incompétent, et ensuite il doubla ses objectifs de vente. Le vendeur finit par trouver un meilleur travail, mais comme il avait fait un bon dossier, son patron fut démis de ses fonctions.

jeudi 12 avril 2007

A lire en attendant d'autres histoires de sales cons…

Pour ceux qui ont raté Le Parisien de mardi dernier, et son supplément Economie, vous pouvez consulter sur leur site leur dossier intitulé "Ces salariés qui mènent la vie dure à leurs collègues" dans la rubrique, "le fait de la semaine" (une enquête de Mathieu Deslandes).

Sur le site de LCI ce matin, un article : "Comment éradiquer les sales cons ?". Les internautes n'hésitent pas à faire des commentaires…

Enfin, un billet sur le blog "planetargonaute" sous le titre explosif : "Les trous du cul qui se prennent pour des volcans"

mercredi 11 avril 2007

Non, il n'y a pas que les cons qui osent tout…

... N'en déplaise à Michel Audiard.
La preuve : cette lettre reçu aujourd'hui. Celui qui l'a écrite n'est manifestement ni un con ni un sale con…… Et il a même une sacrée dose d'humour, en plus d'un culot indéniable. Allez, il nous a bien fait rire, pour la peine, on lui envoie le bouquin, "à titre gracieux, pédagogique et exceptionnel" bien sûr. Mais que cela ne donne d'idée saugrenue à personne d'autre : il fallait être le premier à avoir l'idée !

mardi 10 avril 2007

Le DAF et les porte-flingues

Une nouvelle histoire. Merci au rédacteur anonyme, ainsi qu'au dessinateur (non anonyme) qui a bien voulu que nous illustrions l'histoire avec son délicieux petit dessin (qui originellement, vient de ).


Je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivée il y a une quinzaine d’années. C’est en lisant Objectif Zéro-sale-con que j’ai souhaité la partager, et plus particulièrement après l’excellent avant-propos, où est évoquée la « nazification » de l’entreprise.

Si on nous rabâche les oreilles avec le vocabulaire guerrier en vigueur dans ce monde global et compétitif qui est maintenant le nôtre, paraît-il, on passe bien vite sur ce qu’est au fond une guerre : « le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » écrivait Paul Valéry.

J’étais directeur administratif et financier d’une PME qui ne se portait pas très bien, et qui appartenait à un petit groupe, dont les actionnaires et propriétaires, eux, se portaient fort bien.

Ils avaient racheté peu de temps avant une autre PME, prospère et provinciale, que nous avions la tâche peu glorieuse de fermer.

Le directeur administratif et financier de cette filiale, qui avait toujours été amical et paternel avec moi, tout à son souhait de sauver les emplois de ses collègues, avait commis une erreur.

C’était une maladresse bien plus qu’une malhonnêteté intentionnelle.

Mais nos actionnaires furent trop heureux de trouver là l’occasion de se débarrasser d’un homme qui coûtait fort cher à licencier. Ils m’envoyèrent deux porte-flingues pour que j’entame une procédure de licenciement pour faute grave, avec l’ultime argument : « Si ce n’est pas vous qui le faites, nous le ferons et ce sera bien pire pour tout le monde. »

Cela ne vous rappelle rien ? Quelque Obersturmfürher en uniforme vert de gris, demandant à des innocents de choisir d’autres innocents pour servir d’otages ? Si on n’obéit pas, c’est le massacre assuré, mais si on obéit, c’est la complicité de crime de guerre.

Mon patron de l’époque, intelligent, sympathique et plutôt moral, était fort embarrassé. Il l’était tellement qu’il rajouta à mon endroit un bon argument : « je ne ferai rien sans vous » me dit-il en m’appelant chez moi un dimanche matin, probablement pour que je me sente plus à l’aise !

Et nous voilà à organiser le psychodrame, bourreaux sur commande d’une victime expiatoire qui ne nous avait rien fait.

Notre collègue fut en larmes dès le premier entretien.

Mais nous n’étions que des bourreaux d’occasion, des ordures de pacotille en quelque sorte. Et pendant que j’organisais cette sombre affaire le jour, la nuit je conseillais ma victime, qui, dans son désarroi, n’avait pas trouvé d’autre recours que son accusateur.

C’est sur mon conseil qu’il prît un avocat, que mon patron connaissait. Nous espérions ainsi arriver à un accord plus rapidement, sans trop nous salir les mains. L’avocat était intègre : il conseilla à son client d’aller en justice, son dossier étant vide. Le chaos s’installait, et ma seule consolation était que je n’avais visiblement aucune prédisposition pour l’assassinat en bande.

Après diverses péripéties ubuesques et sans rapport avec les théories connues de l’organisation, un accord fut signé. Les sentiments des uns et des autres étaient contrastés : les porte-flingues de l’actionnaire trouvaient qu’on avait mal négocié (ils avaient raison), mon patron ne comprenait plus très bien pourquoi nous avions fait tout ça, notre victime, curieusement, nous était reconnaissante de tout ce qu’on avait fait pour lui. Pour ma part, je cultivais mon sentiment de culpabilité, nourri contradictoirement par les soupçons justifiés de nos commanditaires et la gratitude désespérée de celui que j’étais censé exécuter.

Quelques mois plus tard, les mêmes porte-flingues viraient mon patron, décidaient de fermer notre boîte, et me demandaient de virer tout le monde en finissant par moi. J’avais beaucoup grandi en quelques semaines, et négociais des conditions de départ plus que correctes pour tous. À sale con, sale con et demi.



« Complice, complice, c’est comme auteur. Nous en sommes les complices, nous en sommes les auteurs. Complice, complice, c’est autant dire auteur.

Celui qui laisse faire est comme celui qui fait faire. C’est tout un. Ça va ensemble. Et celui qui laisse faire et celui qui fait faire ensemble, c’est comme celui qui fait, c’est autant que celui qui fait. C’est pire que celui qui fait. Car celui qui fait, il a au moins le courage de faire. Celui qui commet un crime, il a au moins le courage de le commettre. Et quand on le laisse faire, il y a le même crime ; c’est le même crime ; et il y a la lâcheté par dessus. Il y a la lâcheté en plus.

Il y a partout une lâcheté infinie.

Complice, complice, c’est pire qu’auteur, infiniment pire. »

Charles Péguy
Le mystère de la charité de Jeanne d’Arc

vendredi 6 avril 2007

Un(e) sale con(ne) en cachera-t-il toujours un(e) autre ?

Et une nouvelle histoire avant le week-end…


Remarque liminaire :
pour des raisons de facilités d’écriture, il ne sera par la suite question que de « sales cons » au masculin. Je tiens à préciser que certains de ces sales cons étaient (ou sont) des « sales connes »...

Dans mon entreprise, depuis dix ans, c’est la valse des « hiérarchiques ».
Cela a commencé lorsque le nouveau directeur de département (que, pour la suite de l’histoire nous appellerons SC1, sale con n° 1) a considéré qu’il ne pouvait pas manager « en direct » tout son petit monde, comme c’était le cas précédemment. Il a donc nommé des chefs de service qui, rapidement, pour certains, se sont révélés être des « sous-sales cons ».
Pourquoi ? Premièrement, parce qu’ils n’avaient aucune légitimité d’encadrement, en tout cas pas de légitimité interne, si ce n’est celle de former la « garde prétorienne » du directeur de département.
Deuxièmement, parce que, dans une structure jusque-là peu hiérarchisée, avec une assez faible division du travail, les nouveaux chefs de service ont dû justifier leur poste en « piquant » le travail de leurs subordonnés ou en dessaisissant ceux-ci d’une partie de ce travail, généralement la partie gratifiante, et en leur laissant les tâches subalternes. D’où frustration pour les dits subordonnés et impression de déqualification.

On peut donc en tirer une première règle de reconnaissance des sales cons en entreprise : c’est quelqu’un(e) qui vous dit « il n’y a pas de honte à faire ceci ou cela », sachant que ceci ou cela, c’est le boulot que l’on confie aux débutants et/ou aux stagiaires, et que lui, le sale con d’enfoiré, se garde le boulot chic (les relations avec l’extérieur, les fournisseurs ou les clients, par ex.).
Tout cela – et d’autres choses encore – fait que, après avoir échangé quelques noms d’oiseau avec « mon » « sous-sale con » (que je nommerai SC2), et que celui-ci ait accumulé un certain nombre de boulettes, coûteuses pour la boîte, il a choisi de démissionner avant qu’on ne le foute dehors.
Exit donc SC2 (qui, au passage, n’a pas réussi, par la suite à aller au-delà de sa période d’essai dans son nouveau job…). SC1 lui embraya le pas quelques semaines plus tard, mais, cette fois, vertement remercié.
Débarque un nouveau directeur, qui maintient l’organisation précédente, et commence par entretenir des rapports plutôt affables avec ses nouveaux subordonnés. Rapidement toutefois, le « nouveau » va devenir SC3.

Fort de ce qui suivra, je peux en tirer une deuxième règle de reconnaissance des sales cons en entreprise : le sale con se présente toujours, dans une premier temps, sous le meilleur jour. Mais, chassez le naturel, etc., vous connaissez la suite. À se demander si, pour bien travailler avec quelqu’un, on n’aurait pas intérêt à se fritter « sévère » dès le départ avec lui en se disant qu’après, cela ne peut que mieux se passer…
Corollaire : en quelques mois, SC3 m’a rendu SC1 presque sympathique (« On sait ce qu’on perd, etc. »). Là où SC1 défendait ses troupes et montrait de l’empathie à leur égard, SC3 se la jouait totalement « perso » : moi, mes résultats, mes chiffres et, donc, « ma-prime-à-moi ».
Sauf que, les résultats n’arrivant pas à remonter, on finit par faire comprendre à SC3 qu’il était temps d’aller voir ailleurs.
Vacance du pouvoir ; on respire un grand coup avant que ne débarque SC4.
SC4, bien sûr « super-sympa » les premiers temps (cf. supra), ouvert, réceptif, à l’écoute, et patin couffin. Mais SC4 qui, plutôt que de travailler en direct avec moi, finit par me mettre sous la coupe de SC5. Là je savais que c’en était un vrai (de sale con) ; restait à l’éprouver. Ce fut rapide : re-noms d’oiseaux (mais cette fois des beaux, des vrais !), harcèlement, agressivité, dénigrement, dénonciation à SC4 de faits réels – mais biaisés – et/ou imaginaires.
Bref, le pervers à donf, le modèle pour tous les disciples de Marie-France Hirigoyen, « modèle » que l’on garde tant qu’il a des résultats (car, avec de telles techniques, on arrive à avoir des résultats).

Expérience qui me permet de tirer une troisième règle de reconnaissance des sales cons en entreprise : le sale con prototypique, c’est le spécialiste de la « double contrainte ». La personne qui vous dit de faire quelque chose tout en vous refusant les moyens pour l’exécution de cette tâche ou en vous reprochant d’avoir utilisé les moyens qu’elle vous avait proposés juste avant.
Éternel recommencement nietzschéen appliqué à l’entreprise : SC5 part, discrètement mais honorablement, la DRH ayant sous doute trouvé dans son « dossier » de quoi le convaincre d’envisager ce que l’on appelle maintenant pudiquement un « départ négocié ».

C’est aussi le moment de souligner que, pour ce qui est de la DRH, il est possible de créer une catégorie SCP (= sale con permanent, qui échappe à toute chronologie).
Et, par la même occasion, de tirer une quatrième et une cinquième règle de reconnaissance des sales cons en entreprise : le sale con fonctionne mieux à plusieurs ; le couple de sales cons fonctionne d’autant mieux qu’il reprend le vieux modèle « gentil flic / méchant flic ».

Pour revenir à mon histoire, aujourd’hui reste SC4, de plus en plus autoritaire, soufflant le chaud et le froid avec ses collaborateurs, préférant les cantonner dans des tâches déqualifiées (au cas où ceux-ci prendraient la grosse tête ou voudraient lui contester son autorité « intellectuelle » ; cf. règle 1 de reconnaissance des sales cons).
Jusqu’à quand ?
Car SC4 est, depuis peu, chapeauté par SC6, nouveau DG, cost-killer de première, qui lui mène une vie d’enfer… (Mais ça, c’est aussi une autre histoire, une histoire de phynances, et des pompes qui vont avec, dans le monde merveilleux des Grands Groupes Industriels Internationaux.)
Alors ? À suivre !

Conclusion (temporaire) : « Les cons, ça ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît » faisait dire Michel Audiard à l'un des personnages des Tontons flingueurs.
J’ajouterai : « Les sales cons, quand on les reconnaît, c’est trop tard… »

mardi 3 avril 2007

Le sale con gentil ou comment être un sale con sans se fatiguer

Et voici une nouvelle histoire reçue aujourd'hui.

Je travaille dans une organisation dans laquelle, heureusement, nous n'avons pas vraiment de "sale con". Je prends le sens réducteur de la définition de ce blog : une personne qui méprise ses collègues de travail, qui les rabaisse (préférentiellement en public), qui fait preuve de mauvaise foi, etc.

En revanche, j'ai, dans ma hiérarchie, ce que j'appellerais des "sales cons gentils", qui peuvent faire autant de dégâts. Je suis d'une nature plutôt positive, et plutôt optimiste. J'ai donc régulièrement proposé des améliorations, ou ai souligné des problèmes de fonctionnement / d'organisation.
Le sale con tout court m'aurait convoqué, ou engueulé en public, ou tourné en ridicule (tout ceci n'est jamais agréable). Le sale con gentil m'a dit régulièrement : "Super, eh bien, on va constituer un groupe de travail qui va faire des recommandations, est-ce que tu veux bien t'en occuper ?" Forcément, j'étais piégé, puisque j'avais proposé que les choses changent. Au fil des années, je me suis donc retrouvé dans plusieurs commissions, groupes de travail, groupes de réflexion, nous avons beaucoup discuté, souvent en dehors des heures de travail, nous avons pondu des textes, nous nous sommes enthousiasmés sur des solutions, puis nous avons transmis à notre hiérarchie. Qui a continué son petit bonhomme de chemin sans se soucier de lire, ou de répondre.


Bilan : énormément d'énergie gâchée, et une motivation qui dégringole parmi les quelques bénévoles qui s'étaient regroupés, et qui se jurent bien qu'on ne les y reprendra plus.

Moralité : comment juguler les individus révolutionnaires, parce
que créatifs, dans une organisation ? Faites-les travailler sur le problème, ils vous laisseront tranquille pendant ce temps, car ils feront leur travail
sérieusement, puis jetez leur rapport à la poubelle. Beaucoup moins fatigant que d'être un sale con méchant, et cela donne les mêmes effets au final (avec juste un peu plus de subtilité, et un peu moins d'insultes).

lundi 2 avril 2007

Travailler avec Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant

Une nouvelle histoire de sale con. Merci à l'internaute qui a pris le temps de le rédiger.


Le 31 mars 07

Cela fait maintenant un mois que je noie mon chagrin dans une sorte d’autoflagellation mentale : « Pourquoi ? », « J’aurais dû… », « Peut-être n’aurais-je pas dû… ». Vaines réflexions quand on considère qu’il existe des histoires sans queue ni tête dont malheureusement nous sommes parfois les tristes victimes. Alors, quand j’ai lu un article concernant votre blog, je me suis dit : « J’en ai rêvé, ils l’ont fait »… Car, oui, les sales cons existent ! Parlons-en haut et fort ! C’est une espèce qui est loin d’être en voie de disparition et qui aurait plutôt tendance à pulluler comme des insectes sur un fumier…

J’ai travaillé pendant 1 an dans une entreprise peuplée de sales cons : 9 salariés, 8 femmes dont 3 étaient des vieilles filles plutôt rondouillardes et mal embouchées, 1 chef, et des alliances, clans, non-dits dignes des feuilletons Dallas et Santa-Barbara. J’ai toujours su qu’une équipe exclusivement féminine n’était pas très saine… mais je pensais naïvement que cela n’existait que dans les usines, où les femmes n’avaient peut-être pas choisi leur situation. Balivernes ! Les femmes SONT des pestes et elles le sont d’autant plus lorsqu’elles ont de l’instruction, un poste à responsabilité et la possibilité de faire la pluie et le beau temps dans l’entreprise.

Lorsque je suis arrivée dans cette entreprise, « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » a été désignée comme mon « référent »… Quelle histoire ! Lorsqu’elle me parlait, j’avais l’impression d’avoir 10 ans : elle articulait chaque syllabe comme si j’étais une attardée mentale et me regardait avec condescendance en penchant un peu la tête de côté et me demandant « Vous croyez que ça va aller ? »… Ma foi, je ne sors pas de l’ENA, mais envoyer un courrier à un stagiaire pour le convoquer à une formation, je crois que c’est dans mes cordes…

Lors de mon embauche, mon chef m’avait demandé de l’autonomie et de l’initiative… Ça tombe bien, j’en regorge !! Au bout de 3 mois, je me suis donc permis d’avancer des idées, suggestions, améliorations… J’aurais mieux fait de me casser une patte ce jour là. « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » s’est sentie insultée, trahie. Comme cette femme n’était pas mon responsable, je ne me suis pas franchement sentie concernée par ses états d’âmes et ai continué ma démarche d’amélioration. Un jour, je me suis permis de proposer un article à mon responsable hiérarchique concernant une 2e de couverture pour le catalogue de formation. Lorsque « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » s’en est rendue compte, elle est venue dans mon bureau pour me dire (véridique !) « Cette article risque fort de vous coûter votre place… Si votre article est meilleur que celui du chef, il se sentira vexé. Il a horreur qu’on ait de meilleures idées que lui. » J’ai attendu, attendu… mais finalement, mon chef a apprécié mon article et l’a fait figurer dans le catalogue ! Tiens, bien fait pour ta tronche vieille bique ! J’ai ensuite proposé des articles pour notre site Internet ; j’avais fait une étude comparative entre notre site et les sites de nos concurrents et j’ai osé (Juste ciel !) dire en réunion qu’il convenait de mettre l’accent sur certains domaines pour concurrencer des organismes de formations voisins du nôtre ! Si « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » et ses copines vieilles filles avaient eu une kalachnikov, je ne serais plus de ce monde ! Je pense qu’elles ont vu cette idée comme une remise en cause flagrante de leurs compétences.

En décembre dernier, deux de mes collègues dont « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » se sont littéralement engueulées dans mon bureau… J’aurais dû (attention ! autoflagellation) sortir de mon bureau, au lieu de quoi j’ai plongé mon nez dans des dossiers en faisant du bruit, histoire de manifester ma présence et leur faire comprendre qu’elles devaient peut-être changer de bureau… Vaine tentative. Après coup, je me demande : et si tout cela n’était qu’un un coup monté ? Après leur engueulade, mon chef m’a demandé des explications. J’aurais dû fermer ma gueule, au lieu de quoi j’ai donné un avis tout à fait neutre, externe, objectif et professionnel sans incriminer aucune de mes collègues. À partir de là, tout s’est précipité dans la plus grande confusion !

Cette entreprise proposait une période d’essai d’une année, ponctuée de trois entretiens individuels pour faire le point. Lors de ces entretiens, mon chef semblait tout à fait satisfait de mon travail : propositions, Internet, travail de qualité. Il a relevé ma bonne intégration dans l’équipe. Lors de mon dernier entretien, fin janvier, j’ai même rajouté que le différend entre 2 de mes collègues ne changerait rien à mon comportement vis-à-vis d’elles et que je continuerai de travailler avec elles comme si de rien n’était. À quoi il a répondu : « J’entends bien que cela se passe ainsi ! ». De la part de mon chef, aucune critique, remontrance, inquiétude !

La semaine avant la fin de ma période d’essai, mon chef est parti en congé à l’étranger. Avant son départ, ce trou du cul (passez-moi l’expression !) est venu au bureau un samedi matin, rédiger une note me concernant qu’il a ensuite déposé dans la boîte à lettre de la Direction. Il espérait que les Ressources Humaines feraient le sale boulot à sa place. Et quel boulot ! J’ai été remerciée sans ménagements, sans explications. La RH m’a convoquée pour me dire que ma titularisation était plus que remise en cause, parce que (attention, accrochez-vous !) j’avais des problèmes relationnels ! ! Ils ont rajouté que j’étais irréprochable d’un point de vue professionnel, mais que l’équipe s’était plainte de mon comportement !! QUI, QUOI, QUAND, POURQUOI ? ? Langue de bois et hypocrisie obligent, je n’ai pas eu de réponses à ces questions. La RH m’a laissée jusqu’au retour de mon chef, pour avoir une explication sur ce problème. Le lundi, à son retour de congé, j’ai donc eu une explication d’une heure avec mon chef.

Ce connard m’a reproché de :

- Envoyer trop de mails !
- Faire partie d’un clan !
- Transférer le standard à une collègue sans la prévenir !

Le problème est que :

- La messagerie est un outil indispensable, forcément j’envoie des mails Ducon ! Et moi, contrairement à d’autres sales connes, je n’envoie pas de mails juste pour dire « Merci !
- Je ne fais pas partie d’un clan. J’ai simplement plus d’affinités et de sujets de conversation avec une collègue. Et lorsque nous parlons, nous ne fomentons pas un complot contre l’entreprise et le reste du monde !
- Concernant le standard téléphonique, je ne savais pas qu’il fallait prévenir 48 heures à l’avance par courrier avec accusé de réception !

Bref, des motifs sans queue, ni tête. Le problème est que le spectre de « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » planait derrière mon chef. Elle doit vraisemblablement le tenir par les couilles. Ce trou duc’ de chef a écouté les oiseaux de mauvais augure, a réalisé une enquête auprès de connasses mal baisées et mal dans leur peau pour savoir ce qu’elles pensaient de moi et a rendu son verdict implacable en me taxant presque de bête de Cromagnon associale. Le plus comique, c’est que j’ai rarement travaillé directement avec mon chef : si nous avons parlé l’équivalent de 7 heures sur toute une année, c’est beaucoup. À aucun moment, il n’a eu de problèmes avec moi. Je me rends compte maintenant, que j’apparaissais comme une menace pour quelques connasses : bien dans ma peau, force de proposition, souriante ; j’avais le contact facile avec les différents interlocuteurs… Bref, je gênais et je faisais de l’ombre à quelques mal embouchées. Le problème c’est que je n’ai rien vu ! ! Ces charognes me parlaient, me souriaient, échangeaient quelques traits d’humour avec moi… Je ne les ai pas vues comme des menaces. Pauvre sotte !

J’ai été remerciée après un an… Sur ma lettre de non-titularisation il est noté que je n’ai pas les compétences nécessaires à ce poste en raison de « ma difficulté d’adaptation et de mon manque d’esprit d’équipe ». Vous y croyez ? Comme s’il fallait attendre 1 an pour se rendre compte de ce genre de chose ! ! Hallucinant ! J’ai été mise au courant des ces griefs le dernier jour de ma période d’essai à la dernière heure…

Le plus triste dans cette histoire, c’est que cette rupture est si grotesque que j’ai finie pas me convaincre que j’avais peut-être des difficultés d’adaptation et des problèmes relationnels. On n’est jamais vraiment objectif avec soi-même. Là où je me suis vraiment rendue compte que cette histoire n’est qu’une vaste fumisterie, c’est lorsque j’ai réalisé un test psychotechnique dans une agence intérimaire. Devinez quel est mon potentiel de communication et de relationnel ? 96 % ! ! Si avec ça je ne suis pas ouverte et communicante, je ne sais pas qui l’est ! !

PS : Happy birthday !
Le jour de son anniversaire, mon chef a débarqué au bureau au moment de la pause. Je prenais l’air dehors en compagnie de « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » (avant que je ne sache qu’elle n’était qu’une raclure de fond de bidet). Lorsque je l’ai vu, j’ai dit « Tiens, aujourd’hui, c’est son anniversaire… Ce serait sympa de le lui souhaiter. » Sur quoi « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » s’est écriée « Surtout pas ! On ne connaît pas son humeur ! Si vous lui souhaitez, ça risque de le vexer… Ne le faites surtout pas ! ». Ah bon. J’ai donc échangé le « Bonjour » d’usage avec mon chef et suis retournée vaquer à mes occupations dans mon bureau. À peine étais-je assise que j’ai entendu « Miss-j’me-tartine-d’auto-bronzant » lancer un tonitruant « Joyeux anniversaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire ! »…

Il avait l’air plutôt content qu’on le lui souhaite ! ! Peut-être les sales cons ne s’entendent-ils qu’entre eux ? !

Bientôt en librairie


Objectif Zéro-sale-con part aujourd'hui dans les librairies. Il sera donc normalement disponible entre demain mardi et vendredi prochain suivant les lieux de vente.

En attendant, vous pouvez lire l'article sur le livre paru dans le Journal du Dimanche du 1er avril : "La vie de bureau fait un tabac" ou celui paru dans le supplément papier du week-end du journal L'Alsace/Le Pays, "Sale temps pour les sales cons".
La parution a également été annoncée au journal d'Europe 1 ce matin (éditions de 5h et de 7h).

mercredi 28 mars 2007

Manager les sales cons du Web

Nous traduisons aujourd'hui un billet de Robert Sutton sur un sujet encore plus inépuisable que les sales cons au travail : les sales cons sur le Web... En français, à lire impérativement sur le sujet : l’article (informatif, érudit, utile et drôle) "Qu’est-ce qu’un troll ?"

Adapté du billet de Robert Sutton "On line asshole management".


Objectif Zéro-sale-con se focalise sur la façon dont les organisations classiques peuvent (et doivent) mettre en place des règles pour empêcher les gens de se comporter comme des connards. Mais depuis que j’ai commencé à tenir un blog, on m’a expliqué comment des règles équivalentes existent sur les communautés du Web.
Il y a quelques mois, mon adolescent de fils m’a fait lire une "conversation" (un chat) entre des participants à des jeux en ligne. La discussion avait commencé lorsqu'une personne avait été exclue pour avoir demandé qu’on lui vende de la drogue. Là, la conversation était partie avec 10 personnes parlant des pires connards et trous du cul qu’elles avaient jamais rencontrés sur le Web, par exemple celui qui avait commencé la discussion en employant le mot « gay » comme une insulte. Le groupe avait ensuite décidé d’établir une "règle des trois attaques" : "Nous utilisons le silence comme message d’avertissement aux personnes causant des problèmes et, après trois incidents, les excluons définitivement."

J’ai donc commencé à interroger mes amis adeptes de jeux en ligne, pour savoir s’ils ont aussi des règles de ce type et j’ai appris que, par exemple, dans "World of Warcraft", des "guildes" rédigent des règles détaillées, avec en général une procédure pour expulser les connards. Un joueur lecteur de mon blog m’a également envoyé des liens avec les règles d’or de l’Internet. Je ne comprends pas tout parce que ces règles s’appliquent aux jeux, mais je comprends bien quand ils disent exclure les images pornographiques, le racisme… Et voici mon article préféré, à la fois subtil et irréfutable :

Trolling
Cela se définit comme : "chercher à être aussi énervant que possible tout en respectant les règles". Il semble qu’il y ait une frontière très étroite entre être énervant et être drôle. Ceux qui la franchissent – que ce soit par manque de connaissance du fonctionnement des forums, ou par une volonté tordue d’attirer l’attention sur eux – seront exclus.


Et dans la communauté Wikemedia, j’adore ce conseil (dans "Ne soyez pas un connard") :
Si vous avez été estampillé comme un connard, ou si vous suspectez vous même en être un, le premier pas est de le reconnaître. Demandez-vous ce qui peut causer ce sentiment. Changez votre comportement et la façon de vous présenter. Le cas échéant, excusez-vous auprès de ceux envers qui vous vous êtes comporté comme un connard. Il n’y a pas de problème… Les gens prendront note de votre bonne volonté et vos efforts iront de pair avec la remontée de leur considération.


En tant que chercheur qui étudie les organisations, je suis vraiment subjugué par la façon dont ces normes sont clairement établies sur le Net. Et bien qu’il y ait des discussions et des ambiguïtés, par le fait qu’il y a un consensus remarquable sur ce que cela veut dire, être un sale con du Web.

"Gentil(e) n'a qu'un oeil !"

Merci à la personne anonyme qui nous a adressé cette histoire :

Cela fait presque 20 ans que je travaille dans la même entreprise. J'ai pu voir défiler un bon nombre de personnes: des sympathiques, des collants(es), des simplets(tes), des extravertis(es), des boutes-en-train. Tous ces traits de caractères très différents, pouvant être pesants parfois, créent plutôt une ambiance de travail positive.

Mais revenons à l'essentiel, est-ce que j'ai connu ou connais un sale con ? OUI, je le crie haut et fort, ils s'accrochent à l'entreprise comme ces petits mollusques, vous savez, enfant, on les appelle "les chapeaux chinois", c'est laid, ça n'a aucun intérêt gustatif, ça vous blesse les pieds quand vous marchez dessus et surtout c'est impossible à décrocher du rocher sur lequel il a jeté son dévolu.

Y'en a un(e) comme ça dans ma boîte, au début, on ne s'en rend pas vraiment compte, il (elle) est plutôt souriant(e), toujours très poli(e) en société, vous remercie à chaque fois que vous lui envoyez un mail (même pour ceux dont la réponse n'a aucun intérêt si ce n'est de vous saturer votre boîte mail de mercis !) mais vous sentez bien qu'il y a quelque chose qui cloche, trop c'est trop et comme me disait ma mère quand j'étais enfant : Gentil(le) n'a qu'un oeil !

Avec le temps, il (elle) se dévoile, discrètement, il (elle) est futé(e) comme un renard, attendra le moment opportun, souvent durant une réunion avec toute votre direction générale, pour lancer, une petite phrase perfide dont le seul but n'est pas le dialogue, la concertation, la réflexion mais l'abaissement ou, encore meilleur, de vous dépouiller de votre idée et de se l'accaparer, laisser entendre que votre travail a mal été accompli, ou encore de faire capoter un de vos projets (projet d'ailleurs qu'il (elle) vous a demandé : quand vous avez tout ficelé, il (elle) vous regarde avec un gentil sourire accroché comme une lune sur son visage et vous dit : "J'ai changé d'avis, j'en veux plus, le marché a changé en 3 mois !") , et vous étant donné qu'(il) elle a un poste important dans l'entreprise, vous ravalez votre salive, il (elle) vous regarde droit dans les yeux, toujours avec ce sourire béat : vous êtes son paillasson et (il) elle prend du plaisir à décrotter ses chaussures sur vous.

Étant de nature plutôt impulsive, une fois j'ai craqué, suite à une réunion où il (elle) nous avait encore fait son show (vous savez, version Sir Hiss, le serpent bigleux "persifleur" dans le dessin animé Robin des Bois), je suis allée le (la) voir dans son bureau pour avoir une explication quant à son comportement et là, on a touché le fond, il (elle) était désolé(e), n'avait pas voulu me contrarier, vraiment il (elle) ne voyait pas le problème….

Il lui arrive de me harceler de 10 mails par jour juste pour me demander de traiter à sa place un envoi, c'est-à-dire qu'il (elle) m'indique tous les éléments nécessaires pour l'envoi et me demande de l'envoyer à sa place avec toujours la même petite phrase : "Peux-tu t'en occuper ?" Quel intérêt si ce n'est lui faire perdre du temps, me faire perdre du temps et encore me traiter comme son paillasson ? Je rappelle que je ne travaille pas dans son service !

Comment réagir, vous ne pouvez pas vous mettre à hurler devant votre DG, vous n'êtes pas dans une cour d'école, alors quoi faire ? Durant ces moments, le sang me monte au visage, je me déconcentre, me tortille sur mon fauteuil, une envie énorme me prend de lui mettre mon poing sur la gueule, mais pareil, je passerais pour l'hystérique de service.

Je vous ai brossé le tableau, le temps me manquant un peu, j'essaierai de vous donner la suite dans quelques jours…

mercredi 21 mars 2007

Nous sommes tous des sales cons

Adapté du billet de Robert Sutton "Assholes are us"


Guy Kawasaki a posté un billet intitulé « Votre patron est-il un sale con ? » Il y dresse une liste opérationnelle et quelque peu effrayante des choses que peuvent faire les patrons qui sont des sales cons, comme téléphoner le samedi, saboter la carrière des autres, les considérer essentiellement comme des moyens de satisfaire leurs propres besoins, et encore bien d’autres choses ignobles et beaucoup trop courantes. Ce que je voudrais ajouter, c’est qu’il est important de se souvenir que, bien que certaines personnes aient plus de disposition que d’autres, le pouvoir peut transformer n’importe lequel d’entre nous en sale con.

Devenir un sale con, cela n’arrive pas qu’aux autres et cela peut arriver potentiellement à des gens merveilleux tels que vous et moi : chacun de nous encourt ce risque. Comme j’aime à le dire : nous sommes tous des sales cons.
Si vous vous retrouvez dans une position puissante, il y a plusieurs choses que vous pouvez faire pour éviter de devenir un sale con, pour combattre votre propension à vous focaliser sur vos propres besoins et votre tendance à agir comme si les normes sociales ne s’appliquaient pas vraiment à vous.

1. Éliminez au maximum les différences de pouvoir inutiles entre vous et les autres.
Il y avait une chouette histoire, qui montrait bien comment s’y prendre, dans le New York Times, au sujet du nouveau directeur de Home Depot, Frank Blake. Il a éliminé le restaurant de la direction, ce qui fait que les cadres dirigeants doivent désormais se rendre à la cafétéria des employés, comme tous les autres salariés. Il a réduit son propre salaire et, ce qui me paraît plus intéressant encore :
« M. Blake a distribué une vieille illustration, appelée la “Pyramide Inversée” qui expose le détail de la hiérarchie d’une entreprise, en plaçant les clients et les employés au-dessus du directeur, qui est en bas. L’image a commencé à se multiplier dans les salles de détente et dans les bureaux de toute l’entreprise. »


2. Si vous n’en avez pas déjà, trouvez-vous des amis et des collègues capables de vous avertir quand vous vous comportez comme un sale con. Et s’ils vous le disent, écoutez les. Souvenez-vous, le pouvoir vous empêchera de voir que vous agissez comme une enflure et que vous blessez les autres. Si les autres vous disent que vous êtes un sale con ou s’il y a d’autres signes d’avertissement (faites le test) et que votre réaction est de considérer qu’ils ont tort, il y a de fortes chances pour que vous vous trompiez.

3. Et encore mieux, confiez à vos subordonnés la responsabilité de vous dire à quel moment vous vous êtes comporté comme un sale con – et arrangez-vous pour que cela ne leur retombe pas dessus !

mardi 13 février 2007

Pourquoi je les appelle des « sales cons »

Adapté du billet de Robert Sutton « Why I call them Assholes »



L’une des choses qui m’a paru les plus surprenantes lorsque j’ai écrit ce livre, puis lorsque je l’ai proposé aux éditeurs, et désormais lorsque j’en parle à des gens de tous horizons, réside dans le très faible nombre de remarques que j’ai reçues à propos du titre un peu vulgaire.

L’objection la plus sérieuse provint sans doute de la Harvard Business School Press (HBSP) dont les responsables refusaient de publier l’ouvrage tant que je n’avais pas trouvé un intitulé plus respectable – ce que je n’ai pas accepté de faire. Jeff Pfeffer et moi-même avons vécu une expérience très enrichissante avec HBSP pour l’édition de notre ouvrage, Hard facts, Dangerous Half-Truths, and Total Nonsense [à paraître en français à la fin d’année], et je les recommanderais à n’importe quel auteur de management. Mais j’ai trouvé leur réaction face au titre plutôt étonnante puisque mon essai initial sur le sujet, intitulé « Ils n’en valent vraiment pas la peine », avait été édité par leur publication associée, la Harvard Business Review, et qu’il contenait sept ou huit fois l’expression « sales cons » [assholes].

À leur décharge, il faut dire qu’Harvard est une marque très respectable, voire même un peu guindée.

Et comme je le leur ai dit : si j’étais moi-même chargé de diriger la HBSP, je n’aurais pas non plus accepté de publier un livre avec l’expression « sale con » dans le titre, quand bien même il devait se vendre, car ce ne serait pas bon pour l’image de la marque. Donc, je suis allé voir d’autres éditeurs et j’ai trouvé mon bonheur avec Warner.

Je n’ai pas eu beaucoup de protestations depuis. J’ai donné des interviews aux médias, dans lesquelles on me demandait d’employer le mot « enflure » [jerk].

Cependant, tout récemment, j’ai reçu une plainte qui m’a vraiment amené à me demander pourquoi j’utilisais ce mot et si c’était là une chose civilisée. Il y a quelques semaines, Business Week a publié un article de fond sur mes idées sur le brainstorming et une liste de huit conseils fondés sur mes recherches et sur mon expérience avec des équipes créatives.
Ils ont été assez gentils pour dire que mon prochain livre (sans censurer le titre) s’intitulait The No Asshole Rule [Objectif zéro sale con]. L’article engendra un e-mail très attentionné de la part d’un lecteur :

« Une chose me saute aux yeux, tout de même. Si cela n’est pas trop tard, trouvez un autre titre pour votre prochain livre. La vulgarité n’a pas sa place quand il s’agit de questions sérieuses. Cela affaiblit vos idées et diminue votre crédibilité. Peut-être pourriez-vous y réfléchir avec vos collègues et nous trouver un meilleur titre. »

Cette critique m’a fait réfléchir à ce qui me poussait à employer cette expression vulgaire. Est-ce juste pour faire mon petit malin ? Est-ce que je fais cela pour vendre plus de livres ? Certainement, je plaide coupable. Ce serait un mensonge de nier cela. Est-ce que je fais cela parce que je suis une personne vulgaire ? C’est peut-être vrai aussi, mais les autres livres et articles que j’ai écrits ne contiennent que rarement des propos vulgaires.

Il y a deux raisons principales pour lesquelles, au moins pour moi, aucun autre terme ne fonctionne aussi bien pour qualifier ces gens méprisants et méchants. La première raison a à voir avec l’authenticité et la seconde avec mon envie d’influencer la manière de penser et d’agir des gens dans les entreprises.

Commençons par l’authenticité : lorsque je suis aux prises avec quelqu’un d’imbuvable, je ne me dis pas « Quel imbécile !» ou « Quel grossier personnage ! » La première chose qui me vient à l’esprit, c’est : « Quel sale con ! » C’est aussi le terme que presque tous les gens que je connais emploient, même s’ils se censurent après coup, pour qualifier ces saligauds. Dans Objectif zéro-sale-con, par exemple, je décris un cabinet d’avocats qui applique activement ce qu’ils appellent, dans leur communication aux médias, un « objectif zéro-enflure », mais lorsque j’ai discuté avec un associé du cabinet, il m’a confirmé qu’ils traitaient les gens qu’ils refusaient de « sales cons » bien plus que d’« enflures ».

Et juste l’autre jour, ma femme discutait avec une avocate spécialisée dans le droit du travail, qui était amusée d’entendre le titre de mon prochain livre parce que beaucoup de clients potentiels qu’elle avait refusés se plaignaient surtout de travailler avec des sales cons, bien plus que d’être victimes de harcèlement sexuel ou de discrimination. Cette avocate rapporte que « sale con » était le terme que ces clients potentiels employaient souvent et que c’était presque toujours vraiment ce qu’ils voulaient dire – et elle avait refusé beaucoup d’entre eux parce que dans la plupart des cas, il n’est pas illégal d’être un sale con, en dépit de tous les dégâts que cela cause.

Au final, un autre signe témoignant de l’authenticité de cette expression, d’un point de vue autant intellectuel qu’émotionnel, provint à ma grande surprise d’un e-mail que je reçus d’une chercheuse, qui étudie les abus émotionnels sur les lieux de travail.
Comme je le dis aussi dans le livre, elle m’écrivit :
« Votre travail sur l’objectif zéro-sale-con a touché une corde sensible chez mes collègues et moi-même. En effet, nous imaginons souvent qu’il y aurait de grandes variations du niveau de la satisfaction au travail, si nous pouvions intégrer un critère « sale con » dans nos enquêtes. S’il était possible de simplement demander si le patron en est un ou non, nous n’aurions plus besoin d’aucun autre travail d’enquête … Donc, bien qu’il soit assez fort, il faut bien dire qu’aucun autre terme ne rend aussi bien compte de la nature profonde de ce genre d’individu. »
Au Centre du travail, de la technologie et des organisations à Stanford, nous enseignons à nos doctorants, qui étudient l’ethnographie du monde du travail, que l’utilisation d’un langage ordurier peut parfois être nécessaire pour fournir des descriptions précises et réalistes des discours ou des sentiments des gens. Je pense qu’en terme de précision, tant descriptive qu’émotionnelle, les autres expressions ne suffisent tout simplement pas à décrire le caractère obstiné et méprisant du comportement de ces gens-là et, particulièrement, les sentiments qu’ils provoquent chez leur victime.

Mon second argument est que, puisque mon but est d’aider les gens à savoir comment démasquer ces saligauds méprisants, à comprendre les dégâts qu’ils font et à construire des entreprises civilisées qui refusent, réforment et éliminent les gens méchants, je dois utiliser un langage dont les gens se souviendront et qu’ils répéteront autour d’eux. Après tout, comme le démontrent si brillamment Chip et Dan Heath dans leur dernier livre Made to stick, peu importe qu’une idée soit bonne, si ce n’est pas accrocheur, si ce n’est pas quelque chose dont les gens parlent, dont ils se rappellent incessamment, et qui les préoccupe, alors cela ne peut avoir aucun impact sur eux. Chip et Dan montrent comment ces idées s’ancrent dans des histoires simples, inattendues, concrètes, crédibles et émouvantes, et je pense vraiment que l’expression « objectif-zéro-sale-con » correspond plus aux critères d’une idée accrocheuse qu’objectif « zéro méchanceté », « zéro tyran » ou « zéro-abus psychologique ». Précisément parce que cette expression est plus chargée émotionnellement et plus concrète que les autres, elle est plus apte à s’intégrer dans des histoires qui « accrochent » les gens et elle arrive à susciter chez certains toute une ribambelle d’histoires drôles, délicates… ou déprimantes.

Encore une fois, peut être que j’essaie simplement ici de me justifier ou de glorifier la vulgarité de mon langage ou mon grossier désir de vendre des livres.

Mais je crois quand même que les autres arguments sont également pertinents – avec tous le respect que je dois à la personne attentionnée qui m’a réprimandé avec douceur dans cet e-mail.